L’épineuse réforme
Alors que le voilà, cet article tant attendu.
Car vous l’attendiez, non, mon compte-rendu sur le nouveau plan de formation des profs ? (foule en délire : ouuuuuiiiiiii !)
Orsse donc, des choses changent dans l’EN. On pourrait penser que c’est bien et nécessaire, d’ailleurs la plupart des acteurs de l’éducation/instruction des jeunes pensent que beaucoup d’éléments sont à revoir dans cette énorme machine de guerre. Ceci posé, la formation des profs n’était probablement pas la priorité des priorités.
Mais bon, faut bien commencer quelque part : les critiques sur l’IUFM pleuvant, bon, bin supprimons le biniou. Voilà qui fera des économies. Mais le problème reste entier : l’enseignement s’apprend quand même principalement sur le tas, c’est l’expérience qui forme le prof plus que la théorie. D’où l’année de stage, d’ailleurs, je l’ai déjà présentée : emploi du temps allégé pour réfléchir à sa pratique, bref, reportez-vous à l’article brillant que j’ai déjà écrit sur le sujet. (on n’est jamais mieux servi que par soi-même).
Mais apparemment, ces 6 heures ne sont pas suffisantes pour bien apprendre son métier. Donc on change :
Les stagiaires auront désormais un emploi du temps complet : 18 heures par semaine.
Dès la sortie de la fac et après avoir décroché une place au concours, hop, au taff. Tu te remets la tête dans le guidon, s’il te plaît, et tu essaies de surnager.
Je garantis à mon lectorat qui ne prend peut-être pas toute la mesure de ce changement que quand on n’a jamais exercé (ce qui est le cas de la majorité des lauréats du CAPES/de l’agrégation), 6 heures, c’était bien, 18 heures, ça craint.
Prendre du recul dans ces conditions relève de la mission quasi impossible. En revanche, être dégouté du job, ça devient très facile.
Et les conséquences ne s’arrêteront pas à la fatigue du stagiaire, qui devra cravacher dur s’il veut dispenser des cours de qualité.
En effet, ce stagiaire aura un tuteur. Un professeur titulaire plus expérimenté que lui, qui l’encadrera, lui donnera des conseils, rédigera des rapports sur son stagiaire, et prendra ponctuellement ses classes en charge. Huh ? Il ne suffira plus de se visiter mutuellement, comme c’était le cas avant ? Bin non, réfléchissez. Quand le stagiaire avait 6 heures de cours par semaine, son emploi du temps pouvaient correspondre avec des trous dans celui de son tuteur, et inversement, ce qui leur permettait de se rendre dans leurs classes sans trop de difficultés. Là, non, ça va plus être possible, ou alors sur coup de bol. (reste à savoir quand, combien de temps, ponctuellement, de façon prolongée, régulièrement, à la discrétion des parties intéressées, bref, pas mal de modalités à définir)
Mais du coup, pendant que le tuteur sera dans la classe du stagiaire pour lui montrer comment qu’on fait, qui sera dans la classe du tuteur ???? Pas le stagiaire, puisqu’il regarde comment qu’on fait. Bon, bin on fera appel à un remplaçant, dont on se demande où on va le trouver vu qu’il n’y en a plus que très peu de dispo (on les réquisitionne pour des remplacements à l’année, ce qui les stabilise mais leur enlève leur rôle de fusible). Du coup, ce sera certainement de la garderie un arrangement interne.
Autre problème, qui trouve une solution assez rigolote : il sera (généreusement) accordé au stagiaire 6 semaines de formation théorique à la fac (puisque l’IUFM n’existe plus, vous suivez ?). Ce qui signifie que la classe du stagiaire se retrouverait sans prof pendant 6 semaines ? Grand dieu, non. Alors ce serait le tuteur qui prendrait cette classe en charge ? Ah non, pas possible, sinon les classes du tuteur se retrouveraient encore toutes seules et franchement, les tambouilles internes ont leur limite.
Alors que faire ? Idée lumineuse : puisque les futurs profs se plaignent de ne pas recevoir de formation pratique avant le concours, des étudiants de master se destinant à l’enseignement pourront assurer les cours pendant les 6 semaines de formation des stagiaires !
Récapitulons :
- les classes du tuteur auront deux profs : le tuteur, et son remplaçant quand le tuteur sera dans les classes du stagiaire.
- les classes du stagiaire auront trois profs : le stagiaire, son tuteur et l’étudiant de master.
- le stagiaire en chiera à mort pour préparer ses cours et poser son autorité face à des classes qui changeront de prof un peu trop régulièrement.
- le tuteur devra encadrer son stagiaire, mais quid du master ? on le laisse se débrouiller ?
Ah, et tout ça sans citer le douloureux problème de la rémunération : quid des salaires du stagiaire et du master ? Quid du tuteur, sera-t-il payé pour son travail d’encadrement et de formation ? A ces questions, point de réponse, le flou artistique étant une constante dans ce domaine.
Bien entendu, on peut toujours refuser d’être tuteur, ne serait-ce qu’en signe de protestation face à ces mesures guignolesques. Mais si tous les profs d’une discipline donnée refusent d’encadrer le stagiaire qui sera nommé dans leur bahut, tant pis : le tuteur viendra d’un autre établissement… ce qui ne simplifiera pas la tâche du stagiaire ! Cet arrangement existait déjà dans l’ancien système, et c’était déjà galère pour les stagiaires. Du coup, bin va falloir s’asseoir sus ses convictions et faire preuve de compassion… ou pas.
Il me reste trois points à développer : l’affectation des stagiaires, l’impact sur les élèves et la communication autour de cette réforme. Ce qui fera l’objet d’un autre article, celui-ci étant déjà très long.
Vous êtes prêts à continuer de pas ricaner ?
Uhu uhu *ceci n’est pas un pot de colle, mais un rire étouffé*
J’attends avec impatience la suite, je vais ricaner un peu, et surtout, me conforter plus encore dans mon projet d’enseignement à l’étranger ^^
Ouais… le problème, c’est que si tous les gens de bonne volonté se barrent, système pourri ou non, il ne restera pas grand monde pour sauver les meubles !