Le conflit

Publié par Julie le 6 avr 2010 dans Bouquineries |
Abonnez-vous | Article vu 314 fois

d’Elisabeth Badinter.

Car oui, je lis aussi des trucs intelligents. Ceci pour rassurer certains, qui semblent persuadés que mon intellect s’étiole entre BDs et chick lit (se reconnaîtront les ironistes de tout crin, mouahahahaha) : non, je n’ai pas totalement laissé mon esprit en jachère.
(en revanche, je n’ai apparemment pas perdu ma détestable habitude de me justifier, alors que finalement je fais bien ce que je veux, zut, à la fin, c’est vrai, quoi, sans blague.)(merci le Petit Nicolas)(vive les références)

J’ai trouvé son livre très juste, pondéré et bien documenté. Heureusement, me direz-vous. Mais vraiment, elle a abattu un sacré travail ! Ce qui, finalement, m’a laissé une impression bien moins virulente que ce qui en transparaissait lorsque les différents médias sortaient des extraits de leur contexte parlaient de cet ouvrage. Non, il ne s’agit pas d’un manifeste anti-retour à la nature, ni d’un long plaidoyer pro-nourrice et biberon.

Badinter fait des constats, qui tous tendent à montrer que le conflit entre la femme et la mère ne se règle que lorsqu’il y a une réelle possibilité de choix. Du reste, elle s’attarde sur le cas des Françaises, qui ont pris l’habitude depuis des siècles de laisser leur enfnat en nourrice. Ce qui semblerait à la limite de l’inhumain de nos jours, d’ailleurs, mais qui explique certainement le fait que le taux de natalité soit si élevé et que plus de Françaises travaillent à plein temps, malgré même avec leurs enfants.
Elle se penche également sur les différents désirs d’enfant, non-désirs d’enfants, possibilité ou non d’en faire, en explorant les diverses raisons potentielles qui mènent à ces choix. Pourquoi fait-on des enfants ? Pourquoi l’attitude d’une femme, d’un extrême à l’autre, est-elle toujours suspecte ? Autant de questions soulevées par Badinter, auxquelles elle ne peut évidemment pas toujours répondre de façon tranchée et définitive. Mais le rôle d’une philosophe est de questionner, non de répondre.

Et en plus elle me permet de déculpabiliser quand je laisse Charlotte chez sa nounou jusqu’à 18h alors que je suis à la maison dès 16h.

Bref, je le conseille. Et en plus ça se lit très vite.
Vous lirez certainement des esprits chagrins regrettant le fait que la philosophe préfère s’attaquer au problème des couches-culottes qu’à celui du voile, mettant ainsi en avant un supposé recul de la cause féministe qui serait passée de combats plus nobles (égalité salariale, violences conjugales…) à des guéguerres stériles et sans intérêt.
Je ne suis pas d’accord. Il me semble que les exigences qui pèsent sur les mères, exigences rampantes et quasiment invisibles, font partie des choses qui vont à l’encontre de la liberté des femmes. Tous les combats ne peuvent pas être aussi nobles.

Mais faites-vous votre propre idée : ne croyez pas ce qu’on vous dit. Même moi. C’est dire.

2 commentaires

FRED
6 avr 2010 à 23 h 23 min

Je suis intrigué par ta critique de ce livre mais je dois avouer que la dite dame me coure sur le haricot. En tant que deuxième actionnaire principale du groupe Publicis (Tu sais ces pubs où les femmes sont à poil pour vendre du yaourt ou autre chose!), elle a une marge bien plus importante que n’importe qui pour faire avancer la condition des femmes. Malheureusement il semblerait que ses émoluments financiers pèsent plus lourds que ses convictions, les mots sont souvent légers face aux actes. Aussi lui préférerai je des voix progressistes plus intègres.


 
Julie
7 avr 2010 à 8 h 02 min

J’ai appris après avoir lu son bouquin que Badinter avait aussi cette source de revenus… et la grande naïve que je suis a été très déçue. Comme pour beaucoup de choses, d’ailleurs :

- comment, mon père n’est pas le plus grand, le plus beau, le plus fort du monde ?
- comment, le monde ne tourne pas autour de ma sublimissime personne ?
- comment, je ne suis pas sublimissime ?
- comment, il ne faut pas croire ce que me dit la télé ?
- comment, l’Homme n’est pas naturellement bon et désintéressé ?
- comment, le fromage fait grossir ?
- comment, notre gouvernement ne fait pas tout pour faciliter l’éducation de ses enfants ?
- comment, l’argent doit être gagné ? (de préférence en travaillant ?)
- comment, la grossesse (et la parentalité) n’est pas une vallée de roses ?
- comment, l’égalité des sexes n’est pas acquise et il reste des machos ?

Bref, de nombreuses désillusions plus ou moins graves qui, grâce à mon extraordinaire candeur, n’entament pas (trop) ma foi en l’humanité.
Ceci dit, quand j’ai su que Badinter était plutôt bien placée pour faire en sorte qu’on ait enfin des mecs à poil pour passer l’aspirateur dans les pubs, ou pour faire la cuisine, bah j’ai été un peu décontenancée.

Ceci dit, je reste sur mon impression, quitte à avoir l’air bornée : la problématique des exigences muettes pesant sur les mères a aussi son importance. A condition de ne pas borner sa réflexion aux couches-culottes.


 

Répondre

Copyright © 2012 Shakespeare et Sushis. Theme signé Laptop Geek. Traduction WordPress tuto. Connexion
100862 personnes sont déjà venues ici, Merci ! Aujourd'hui, vous avez été 58 à venir. Actuellement, il y a encore 6 touriste(s) ^__^