Du rôle d’une CPE, et autres bizarreries éducatives.

Publié par Julie le 5 mar 2010 dans Pensées profondes, Radio-School |
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Nan mais parce qu’il faudrait voir à pas abuser, non plus.

Mercredi soir, je faisais la grève de l’équipe de France. Ouais, sérieux, regarder se ridiculiser une équipe de foot formidable sur le papier alors que l’équipe de handball est triple championne dans l’indifférence générale, ça a du mal à passer.
Surtout que j’allais pas laisser passer l’occasion d’un double divertissement : télévisuel et bloguesque.

Que je m’explique.

Pour concurrencer les branquignols le foot, M6 diffusait une super série bien de chez nous : Victoire Bonnot, avec, dans le rôle titre, Valérie Damidot. (que moi-même, à ma grande honte, je repère comme « la grosse de D&Co », alors que bon…. on sait ce que j’en pense.) (des catégorisations) (et si vous le savez pas, c’est que ça fait pas assez souvent que vous venez ici).

Le pitch : bah Valérie Damidot joue Victoire Bonnot, CPE dans un lycée de province et il lui arrive des trucs de ouf. Un de ses élèves se shoote au RedBull pour atteindre des super scores à WoW, une de ses élèves se prostitue et entraîne une de ses « amies »…………
Pour régler ces problèmes, Bonnot a recours à des méthodes pour le moins originales.

Elle se déplace au domicile des élèves, ne signale à personne le tournage amateur de films pornographiques dans l’enceinte du lycée, demande à un élève d’en espionner un autre pour son compte, donne son numéro de portable à ses élèves… et négocie une augmentation du quota de photocopies contre le rattrapage d’heures manquées.

Tout ceci est assez considérablement éloigné des attributions d’un(e) CPE.

- elle n’attribue aucun budget (photocopie ou autre) : ça, c’est l’intendant.

- elle ne demande pas de compte aux professeurs quant à leurs absences : ça, c’est le(la) proviseur(e) adjoint(e).

- elle ne se déplace pas au domicile des élèves : ça, c’est les services sociaux.

- elle ne garde pas pour elle des informations sensibles sur les élèves, ne tente pas de résoudre seule des problèmes relevant d’un cadre légal, ne travaille pas en opposition avec les profs mais en partenariat, n’est pas la meilleure copine des élèves……

En revanche, la CPE travaille avec les élèves pour leur orientation, les encadre, dirige l’équipe des accompagnateurs éducatifs (=surveillants), prend le temps de téléphoner aux parents, comme cela est très justement expliqué sur ce site.

Mais alors en quoi cette petite fiction, outre son niveau plancher et le « jeu » minable de Davidot, (auxquels il fallait s’attendre) me pose-t-elle un problème ?
Parce que le message véhiculé ne va pas vraiment dans le bon sens.

Conseil de classe anarchique, organisation hasardeuse, décisions à l’empote-pièce, les profs absentéistes se tirant dans les pattes : tout ça tient du fantasme du réalisateur qui

1 – n’aimait pas l’école et se venge

2 – a vu le Cercle des poètes disparus et l’a un peu trop aimé.

Ce téléfilm ancre encore plus profondément dans l’esprit des parents l’idée que le monde de l’éducation, c’est magouille et compagnie, que les profs s’absentent sans avoir forcément à se justifier, bref, que le lycée (ou le collège) est une zone de non-droit où chacun fait ce qu’il veut, cherchant son profit sans se soucier des élèves.

J’espère que d’autres professionnels de l’enseignement ont vu cette fiction et y réagiront ; j’ai hâte d’en entendre parler. Et qu’on ne me réponde pas « han, mais c’est de la faction ! » ; bah ouais, mais pour peu qu’on ne connaisse pas très bien ce monde là, pour peu qu’on soit déjà bardé de préjugés, pour peu qu’on prenne pour argent comptant ce que dit le poste… je vous laisse imaginer à quel point cet argument de « han, mais c’est de la fiction » perd de sa force.

Et on veut être mieux considéré ?

6 commentaires

Le Journal de Chrys
5 mar 2010 à 23 h 16 min

Je n’ai pas vu le téléfilm mais je ne comprends pas comment des personnes dont le boulot est d’écrire des scénarios ne prennent tout simplement pas la peine de se renseigner auprès de professionnels pour éviter les contre-vérités!!!!


 
Julie
6 mar 2010 à 7 h 37 min

A vrai dire, moi non plus ; ceci dit, j’imagine que la vraie vie est moins vendeuse quand elle est toute nue. Prenons l’exemple de Desperate Housewives et Doctor House : la vie moyenne de femmes moyennes dans une banlieue moyenne nous ennuierait, ainsi que les problèmes moyens d’une docteur moyen.

Mais dans ces séries, rien ne nous dit que le propos était de montrer au téléspectateur un aperçu de la vie quotidienne et « réaliste » de la vie dans les banlieues chics américaines ou dans un service de médecine interne d’un hôpital… Or là, pour Victoire Bonnot, la présentation laissait bien entendre que le téléfilm se voulait proche de la vérité… un peu romancé pour l’amusement des foules, m’enfin un peu de documentation ne fait jamais de mal.

Ce qui me dérange le plus, outre la piètre qualité de ce feuilleton (car vu le succès d’audience, le deuxième épisode est en tournage), c’est le message sous-jacent, qui conforte les préjugés de ceux qui ne connaissent pas bien la communauté éducative.


 
Le Journal de Chrys
8 mar 2010 à 18 h 46 min

Voilà quelque chose qui peut t’intéresser…

http://lejournaldechrys.blogspot.com/2010/03/un-coach-rien-que-pour-moi.html


 
Julie
8 mar 2010 à 20 h 24 min

Du sport ? Et en plus chez moi, dans ma maison ??????????????????? Du SPORT ????????????

Mais ça va pas, non ? Et pourquoi pas des maths ! :)


 
FRED
10 mar 2010 à 12 h 50 min

Qu’y a t-il de vraiment étonnant à ce qu’une chaine faisant son beurre sur la bêtise crasse de nos contemporains, se jette dans l’encyclopédie des clichés pour confectionner des séries à la gloire d’animateurs bouffi d’orgueil qui n’ont même pas la décence de savoir que jouer la comédie est un véritable métier!
Ces séries sont médiocres car la médiocrité est tendance…Quand j’entends un ministre vanter le mérite du recours à des profs retraités ou à des étudiants en dernière année, pour remplacer ces « salauds » d’instits toujours absents, je me dis que cette médiocrité, on la retrouve institutionnalisée au sommet de l’état.

Ne parlons surtout pas des suppressions de poste, des conditions de travail, de la formation ou même de la pression que l’ont fait subir à l’un des métiers le plus utile de la société…Non restons dans une forme de beaufitude complaisante sur tout et tout le monde…Non c’est mieux, faudrait surtout pas ouvrir un livre!

Et à celui qui me dira qu’il nous coûte cher ces profs, je dirais « bouclier fiscal », « défiscalisation des heures supplémentaires », « fin de la TVA dans la restauration », « fin de la taxe professionnelle », autant de décisions qui n’ont pas amélioré l’embauche ou la création d’entreprise dans ce pays, mais qui ont tout simplement accentué un déficit dont les services publics font aujourd’hui les frais!

Heureusement dans un futur proche on pourra toujours se délecter des aventures de nos animateurs télé préférés jouant les thaumaturges dans des services publics fantasmés par la connerie ambiante…Non mais, ça fait du bien!


 
Julie
10 mar 2010 à 13 h 13 min

Ce qui est dommage aussi, c’est qu’en fait, il y a matière à bonnes séries (humoristiques ou non) dans les collèges et lycées de France et de Navarre.

Il faudrait juste que quelqu’un d’un peu malin s’y mette… sans tomber dans le « vis ma vie » de prof, franchement on peut faire un truc bien. Ya qu’à voir tous les blogs de profs qui fleurissent.

Et le message serait autrement plus positif. Bon, le danger, ce serait de créer un scénario intelligent qui donnerait envie aux masses de défendre l’école. Les masses seraient tentées de se cultiver et c’en serait fini des ignorants corvéables à merci.

Fichtre.


 

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